Les Maths au lycée

L'essentiel pour le bac

L'évaluation par compétences au lycée. Une ineptie?

La nouvelle mode depuis quelques années dans l'éducation nationale est l'évaluation par compétences.
Cette pratique a gangrené l'école primaire, puis elle a gagné le collège, et elle tente désormais d'envahir le lycée.

Le constat fait par les tenants de l'EPC est que les notes stigmatisent les élèves en difficulté, voire les découragent, et ne servent qu'à trier les élèves au sein d'une même classe. Et comme les notes des élèves en école primaire sont étroitement liées au niveau social, l'école tendrait donc à conserver les inégalités existantes au lieu de les niveler.
Le ministère, décidé à réagir, a tout d'abord fortement incité les enseignants à faire preuve de bienveillance dans leur façon de noter pour éviter de traumatiser les élèves en échec. La raison comptable de cette mansuétude est qu'elle permet de diminuer le taux de redoublement, et par là de diminuer le budget de l'éducation nationale.
Conséquence: la proportion d'élèves qui finissent par décrocher le bac a terriblement augmenté.

Le problème est que trop de lycéens finissent par avoir le bac sans en avoir le niveau, et ils échouent lamentablement dans l'enseignement supérieur. 39% seulement des nouveaux entrants à l’université passent le cap de la première année. Seulement 6% des élèves ayant obtenu un bac professionnel décrochent une licence!
Conclusion: augmenter les notes n'était pas une bonne solution.

En toute logique, comme le laxisme a accentué les inégalités sociales, je proposerais volontiers une rigueur accrue dans l'attribution des notes, accompagnée d'une plus grande exigence pour le passage dans les classes supérieures.
Les élèves en difficulté n'auraient plus la possibilité de cacher leur incompétence derrière des notes bienveillantes.
Ils seraient contraints de réagir. Travailler davantage pour certains, travailler mieux (avec plus de méthode) pour d'autres.
Evidemment, un véritable soutien scolaire devrait être mis en place.
Le but serait de pousser au maximum les élèves susceptibles de réussir dans les filières générales, et de réorienter les autres vers des filières plus adaptées et revalorisantes (à condition de ne pas les supprimer comme on le fait actuellement).
Mais le ministère a eu une autre idée: la suppression totale des notes, et leur remplacement par l'évaluation par compétences.

Vu du bureau d'un technocrate, ce type d'évaluation est théoriquement idéal. En effet, une note est très réductrice, alors qu'une EPC permet de bien mieux cerner les savoir-faire d'un individu .
Mais dans la pratique, c'est totalement absurde, car impossible à utiliser correctement dans le cadre d'un enseignement en classes de 35.
En effet, une note est souvent remplacée par 5 compétences, ou plus, et cela rend l'évaluation particulièrement difficile à appréhender, aussi bien par l'élève que par ses parents.
Par ailleurs, les fameuses compétences ont des formulations vagues, que chacun peut interpréter à sa guise, ce qui rend leur évaluation extrêmement douteuse.
De plus, la validation d'une compétence n'est jamais explicite; un savoir-faire est-il acquis s'il est réussi 9 fois sur 10, ou 8, ou 7...Personne ne le sait. Un niveau attendu est-il atteint quand la moitié des comptences sont validées, ou les trois quarts?
Tout est flou, donc illisible.
Et pour finir, ce type d'évaluation fait perdre un temps précieux aux enseignants au détriment de l'aide réelle qu'ils pourraient apporter à leurs élèves s'ils ne passaient pas tant d'heures à concevoir et corriger des devoirs estampillés EPC.

En fait, le système a fonctionné longtemps sans ces EPC. Et ce qui le mine, ce n'est pas les notes, c'est le laxisme dans leur attribution, qui permet aux élèves les plus en difficulté de passer presque systématiquement en classe supérieure, où leur frustration ne cesse de s’accentuer, sans qu'aucun vrai moyen de remédiation ne soit mis à leur service.

Laissons les EPC aux filières professionnelles, où les futurs employeurs souhaitent savoir si leurs futurs salariés maîtrisent tel ou tel savoir faire. Mais ne les imposons pas à l'enseignement général!

Et rappelons à notre ministre que les professeurs accompagnent leurs notes de commentaires, qui donnent souvent aux élèves des indications sur ce qu'ils doivent améliorer à l'avenir. Et cela est bien plus clair qu'une flopée de croix portées sur un grille de compétences!

Copyright 2013 - maths-s.com - Toute reproduction interdite - Tous droits réservés.